eEducation au numérique : qui doit s’en charger ?

Avant de savoir qui doit se charger de l’éducation au numérique, il faut examiner les compétences requises. L’éducation au numérique est incluse dans l’éducation aux médias, avec ses 6 Compétences de base : Compréhension, Critique, Créativité, Consommation, Citoyenneté et Communication interculturelle. S’y ajoute une« e-compétence », visant à faciliter l’accès et la participation aux réseaux.  Cette e-compétence porte non sur les contenus mais sur l’outillage mental  et cognitif nécessaire pour les produire et les diffuser. Il faut être capable de : naviguer, charger et télécharger, jouer, utiliser des espaces en immersion et en simulation, mixer et remixer, échantillonner, agréger des données, contribuer à des réseaux sociaux, négocier plusieurs identités (avatars). Ces savoir-faire ont pour but de résoudre des problèmes, de tester des processus avec des applications dans la réalité, d’encourager l’expression et la construction de l’identité, d’interagir avec les autres et avec des objets intelligents, de participer à la vie citoyenne, de contribuer à l’intelligence distribuée et collective sur les réseaux, de négocier des savoirs, des idées et des solutions à travers plusieurs communautés, voire plusieurs langues, cultures et supports.

Cette e-compétence semble acquise par les jeunes, qui utilisent les réseaux intuitivement mais elle n’est pas pensée par eux et donc pas maîtrisée de manière cognitive et raisonnée. C’est aux adultes de s’en charger, en relation avec les jeunes eux-mêmes.  Face à l’urgence et à l’immensité des besoins, il semble difficile de faire retomber la tache sur la seule éducation formelle, même si c’est bien à elle qu’incombe la mission de formaliser ces savoir-faire. Il faut concevoir à la fois des formations spécifiques comme des masters en ingénierie de l’éducation aux médias et du e-learning qui se focalisent sur cette e-compétence et des formations transversales à cette e-compétence dans des disciplines reconnues des humanités modernes qui doivent devenir cyber-modernes.

Pour parer au plus pressé et pour jouer sur la logique du don et des savoirs partagés caractéristique des réseaux numériques, il faut aussi penser à un « e-corps », (comme on dit « peace corps »), une « e-scouade » de volontaires, formés en accéléré, de tous âges, pouvant aller en mobilité là où on a besoin d’eux. Il est important que ce soit à la demande des établissements ou des associations qu’ils se déplacent, afin que la transmission ait lieu et que  les échanges soient enrichis pour tous. Comment le financer ? Par le « e-rate », une taxe très minime (0.05%) à prélever sur les entreprises numériques qui bénéficient de l’usage sans jamais rien reverser à l’usager… Elles s’y refusent encore en Europe, mais le « e-rate » est déjà en place aux Etats-Unis. Qu’attendons-nous ?

Une version plus courte de cette chronique est parue le 4 février 2010 sur <http://www.regardssurlenumerique.fr/le-debat-rsln/2010/2/1/education-au-numerique_qui-doit-s-en-charger_/>

Divina Frau-Meigs

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