Twitter : quand babiller c’est s’informer

Parce qu’il se situe entre communication de masse et communication interpersonnelle, Twitter a surtout pour but de créer une sphère semi-publique de connaissances (ou « amis ») et d’accéder à des listes créées par les autres connaissances inscrites dans le dispositif.  Dans l’économie des réseaux sociaux, Twitter correspond davantage à une demande d’information qu’à une demande de socialisation, d’après les chercheurs de l’université de Syracuse.  Cela confirme bien que l’utilisation de l’expression « réseau social » est inadéquate : non seulement est-elle tautologique et redondante (il n’y a rien de nouveau à ce qu’un réseau soit « social », sans parler d’un média !) mais encore ne recouvre-t-elle pas la réalité de Twitter et de réseaux de microblogage du même type. Leur valeur ajoutée c’est l’information, pas la relation. C’est obscurcir la force du changement radical à l’ère cybériste que de penser que le réseau social attire parce qu’il est social. A rebrousse-poil de l’intuition, le réseau attire parce qu’il est informatif et que l’information est la matière première de la dite « société de l’information » (et là la tautologie est voulue !). paradoxalement, alors qu’il a été développé pour un usage de réseau social, son usage effectif relève du partage d’informations.

Le profil des Twitteriens les met sur un curseur particulier par rapport aux autres réseaux sociaux.  Les 12-17 ans ne sont pas très présents sur le réseau, ni les 18-24. Les plus jeunes sont sur Facebook (26 ans de moyenne d’âge) alors que les plus âgés sont sur LinkedIn (40 ans). Les Twitteriens ont environ 31 ans de moyenne d’âge (entre 25-34) et sont plus urbains que d’autres usagers de réseaux sociaux. Ils sont très mobiles et utilisent toutes les technologies sans fil. Ils ont l’habitude de consommer de l’information sur petit écran, que ce soit pour les informations comme pour les fictions. Ils sont en affinité avec un mode de relation qui est sans attaches et nomade, ouverts à toute sortes d’opportunités d’interaction mobile et non durable.

L’usage principal est le partage de documents, la couverture d’événements (conférences, catastrophes,..), l’organisation (manifestations,…). Il faut voir la masse de Twitteriens qui suivent le New York Times ou CNN (plus de 500 000 dans ce dernier cas, ce qui revient à un média de masse ; Barack Obama est crédité du même nombre).  La relation avec les « amis » la plus fréquente consiste surtout à mettre un commentaire à un message d’un autre « ami ». C’est un média-filtre pour gérer le surplus d’information, pour vivre avec l’impression d’écrasement par l’information qui est omniprésente partout en ligne. En suivant des amis, qui eux mêmes ont fait le tri, on procède à un affinage et à une élimination de ce que l’on veut savoir/ne pas savoir…

Twitter est donc surtout une source d’information, pas vraiment un outil pour satisfaire des besoins sociaux. Il incarne bien toute l’ambiguïté du terme « ami » tel que banalisé par l’usage arbitraire et volontairement équivoque du terme sur Facebook. Ces « amis » sont souvent des connaissances, qui ont une certaine valeur, par la force des liens faibles (c’est l’ami d’un ami d’un ami qui peut éventuellement vous fournir l’information pertinente, sans que vous le connaissiez ni que vous lui soyez redevable par la suite). Ces « amis » sont avant tout des « connections » et elles répondent au besoin en information plus qu’au besoin en socialisation car ces nouvelles rencontres vont donner lieu à des discussions intéressantes en-ligne sans engagement plus poussé.

Twitter facilite l’utilisation et le partage de photos, de vidéos par le biais d’applications, ce qui donne à l’information des extensions plus nombreuses, sous la surface du « tweet », du léger babil. Twitter, comme Facebook, est prédiqué sur la réalité des gens, pas sur leur imaginaire. Authenticité et mise à jour vont de pair.  Les utilisateurs de Twitter sont aussi de très gros utilisateurs d’autres réseaux sociaux. Il y a un tuilage qui s’effectue entre le blog, le réseau social et le tweet. Les mêmes savoirs-faire sont transférés. Les usagers se suivent d’un compte à l’autre. La corrélation entre l’actualisation du statut, le réseautage et le microblogage n’est pas surprenante puisque c’est la matière première de tout réseau dit « social » que de susciter la mise à jour et l’alimentation quotidienne du profil de l’usager. L’exposition de l’information est soutenue par le cadrage socio-technique de ces outils. Même les états d’humeur sont sollicités par la mise à disposition d’une myriade d’émoticones (les smileys) pour vous aider à identifier l’émotion correcte.

Twitter sert surtout à mettre à jour son statut et à exprimer des « moods » (des humeurs du moment). Plutôt narcissique que séductif, il peut aussi servir à suivre, voire surveiller, le statut des autres, dans une démarche de e-réputation. Cette démarche n’est pas particulièrement favorable à la relation ; elle suscite plutôt une démarche d’auto-consommation de soi (savoir se vendre). Ce phénomène met en place un script, celui de la répétition compulsive, qui connecte les usagers à d’autres produits vecteurs de narcissisme, comme les blogs, les vidéos auto-produites lancées sur YouTube comme une bouteille à la mer…

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Twitter : quand babiller c’est s’informer de Divina Frau-Meigs est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 France.
Basé(e) sur une oeuvre à mediasmatrices.wordpress.com.
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3 commentaires sur “Twitter : quand babiller c’est s’informer”


  1. […] Twitter facilite l’utilisation et le partage de photos, de vidéos par le biais d’applications, ce qui donne à l’information des extensions plus nombreuses, sous la surface du « tweet », du léger babil. Twitter, comme Facebook, est prédiqué sur la réalité des gens, pas sur leur imaginaire. Authenticité et mise à jour vont de pair. Les utilisateurs de Twitter sont aussi de très gros utilisateurs d’autres réseaux sociaux. Twitter : quand babiller c’est s’informer « medias-matrices/blog […]


  2. […] Parce qu’il se situe entre communication de masse et communication interpersonnelle, Twitter a surtout pour but de créer une sphère semi-publique de connaissances (ou « amis ») et d’accéder à des listes créées par les autres connaissances inscrites dans le dispositif. Dans l’économie des réseaux sociaux, Twitter correspond davantage à une demande d’information qu’à une demande de socialisation, d’après les chercheurs de l’université de Syracuse. Twitter : quand babiller c’est s’informer « medias-matrices/blog […]

  3. Gilles Says:

    Bonjour Divina.
    Twitter est un des sujet qui m’ intéresse en ce moment. Autant le but de Facebook m’a semblé clair dès le départ dans le cadre d’une utilisation massive, autant twitter m’a semblé un peu inutile à part pour les vedettes et les journalistes. Depuis peu, je revois mon point de vue. En discutant avec des utilisateurs de Twitter , il apparaît une utilisation addictive, et c’est super interressant. Dans certain cas, j’ai observé des adolescents l’utiliser comme une alternative au BBM.
    Ce commentaire n’était pas trés utile, mais j’épère que tu ne me mettras pas une trop mauvaise note ;-)


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