Facebook

Facebook, le réseau social, vient d’atteindre les 900 millions d’utilisateurs, qui peuvent se réunir au quotidien. Certains disent même qu’il s’agit du plus grand pays au monde. Les implications pour ceux qui y vivent et ceux qui en sont exclus ou choisissent de l’ignorer sont à mesurer en termes de cognition sociale, tant au niveau personnel/individuel/micro qu’au niveau collectif/macro.

En cognition sociale, l’individu trouve son bien-être lorsqu’il se situe sur sa bonne échelle d’interaction. Pour le bien-être d’une personne, elle est en général de 60-80 personnes, pouvant aller jusqu’à une petite centaine pour des individus très extravertis. Ce sont des vrais « amis », des gens avec qui on est en contact fréquent et avec qui on évolue dans la vie, pas seulement des connaissances de passage. Au-delà, ce n’est pas gérable, sauf à transformer ce cercle d’amis en petite entreprise… et les entreprises sont de plus en plus présentes sur Facebook bien sur…

Les personnes qui sauront gérer leur échelle d’interaction (souvent le miroir de leur relation réelle) sont celles qui sauront installer leur présence en ligne sans se soucier du nombre de partenaires/associés/connaissances, pour aller vers la qualité de l’amitié.  Elles auront la maîtrise des formes sociales de leurs relations territorialisées tout comme déterritorialisées.

Ces personnes seront sans doute capables de se construire autour d’objets d’attachement spécifiques (comme la musique ou la cuisine, qui font un carton sur les réseaux sociaux). Ces objets d’attachement sont aussi des objets de pratique, en couches multiples. C’est ce que dit la théorie de l’action distribuée, qui pose que la personne peut s’identifier à des couches multiples et différentes sans s’aliéner pourvu que les goûts et les pratiques soient co-construits…

De ce fait, il n’y a pas tant uniformisation de la culture malgré l’uniformisation des formats (dont Facebook est le leader très contraignant), qu’éclatement des pratiques culturelles, avec la remise en cause des hiérarchies, des statuts classiques, en faveur des réputations construites entre « pairs », le terme que je préfère quand je parle des « amis » de Facebook. Il s’agit de pairs au sens anglais de « peers », signifiant des gens qui partagent une même pratique choisie (pas une question d’âge nécessairement donc), établissant une situation de connivence/surveillance (le sens du verbe « to peer » en anglais, de type panoptique).  D’où l’importance des leviers de construction de la notoriété sur les réseaux sociaux comme Facebook (compteurs, classements, commentaires,…), qui permettent de mesurer l’échelle d’attachement et de bonne interaction. Les  individus les plus à l’aise sont ceux qui se gardent d’exploser vers la quantité pour rester sur la qualité des relations… C’est tout un apprentissage, et toutes les personnes ne sont pas égales entre elles dans les e-stratégies et les compétences cognitives pour l’attention et l’attachement…

Cet attachement en co-construction est ce qui change dans les relations actuelles permises par les réseaux, car il s’oppose à l’autonomie tant recherchée par l’individualisme libéral.  Il se fonde sur les pratiques anodines et sur des besoins liés à l’expérience vécue, souvent reliée au corps (procédures, comportement ritualisé,…).  Il se construit, paradoxalement, à partir d’une plateforme complètement au service de l’économie libérale…

Au niveau collectif, il y a une autre échelle d’interaction, de type commercial, qui transforme les individus branchés sur Facebook en temps de cerveau disponible pour la publicité, une publicité discrète et ciblée individuellement mais très présente. Facebook n’est surtout pas un « pays » mais une entreprise, pas très différente de Nielsen ou de Médiamétrie somme toute, qui vend l’attention et l’attachement comme un service à des marques…

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