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Pour une initiative européenne de MOOC

15 février 2016

Une étude de France Stratégie de février 2016 fait le point sur la maturité des MOOC en France et dans le monde. Elle appelle à prendre conscience de ce phénomène qui est là pour rester même s’il ne se positionne pas sur les lignes initialement annoncées. Elle incite à réfléchir à une approche européenne concertée et le défi est là, à l’heure où Coursera, la plus grosse plateforme américaine, arrête les cours gratuits. Le point s’impose à partir de divers projets européen comme ECO, EMMA ou HOME, des projets financés par l’Union Européenne pour faire des MOOC et créer un portail européen avec des plateformes européennes multiples et variées. Ces projets sont en cours et révèlent un certain nombre de perspectives à reverser dans le débat français qui tend à les ignorer.

Les MOOC ne contribuent pas à l’ « ubérisation de l’université »

La stratégie Uber, dans son principe, consiste à négocier de particuliers à particuliers, en détournant des services privés monopolisés par des corporations de professionnels, et ce moyennant finance et le recours à des plateformes numériques. Les MOOC sont certes adossés à des plateformes numériques mais la ressemblance s’arrête là. En Europe, les MOOC sont émis pour la plupart à partir d’universités et d’acteurs du secteur public et ils sont d’accès ouvert et gratuit (ce qui ne veut pas dire qu’ils ne coutent rien à créer, produire et diffuser). Ils ne sont donc pas en concurrence frontale avec l’université mais en émanent. La critique vient de ce qu’ils bouleversent durablement la situation de monopole du cours en face à face, en amphi, avec un émetteur (l’enseignant) face à des récepteurs (les élèves). Toutefois, pour l’heure, l’université garde son monopole sur l’évaluation, la certification et la diplomation.

Les MOOC européens comme ceux d’ECO et d’EMMA se caractérisent par le fait que ce sont des sMOOC ou MOOC sociaux, où les participants sont engagés à contribuer et ce sont des sMOOC accompagnés par des tuteurs rétribués (et bénévoles) —ce en quoi, ils peuvent créer plus d’emplois qu’ils n’en détruisent, tout en pointant la voie pour d’autres métiers du web et d’autres formes de formation, dans le flux et le réseau. L’université a tout intérêt à se pencher sur la protection et la rémunération de ce travail en ligne, pour préserver l’énergie des enseignants prêts à s’y lancer, et s’assurer d’une réelle visibilité en ligne, voire d’un effet de vitrine mondiale.

Les MOOC favorisent la Formation Continue

Les MOOC ne sont pas amenés à remplacer la Formation Initiale mais bien à la compléter comme l’illustre la participation principale sur la plateforme SupNumérique (ex-FUN) où les MOOC peuvent être couplés à des enseignements en présentiel. A l’usage et avec le recul, ils se révèlent très utiles pour la Formation Continue. Celle-ci est la mal aimée de nombreuses universités en France comme en Europe alors que la demande est énorme et que les mises à jour nécessitées par l’entrée du numérique dans tous les secteurs de l’économie réclame de rattrapages de générations entières de personnels en fonction.

Les MOOC européens visent principalement les enseignants pour qu’ils se forment et qu’ils puissent former d’autres enseignants avec des MOOC. ECO a même construit un MOOC « Pas à Pas », en six langues, pour faciliter le transfert de compétences et inciter des enseignants à créer leurs propres MOOC. Ces MOOC répondent aussi à une demande souple et personnalisée, qui ne fait que s’accroitre au regard des pratiques des participants connectés, qui s’affilient au « social learning » et s’intéressent de plus en plus à des classes inversées ou appuyées sur des communautés de professionnels.

Les MOOC permettent une transition aux compétences en éducation aux médias, à l’information et au numérique

Les MOOC européens parmi les plus plébiscités tendent à proposer une transition aux compétences numériques et pédagogiques nouvelles. Ils peuvent par ailleurs être des vecteurs d’interculturalité et d’intercréativité. Ils développent des lecteurs spécifiques, adressés à des populations hétérogènes : EMMA propose ainsi un lecteur-traduction d’autres MOOC et ECO offre un lecteur-accessibilité pour toutes sortes de ressources audio-visuelles (pour les mal voyants et les mal entendants) avec des options en téléchargement mobile. C’est une façon de procéder à l’internationalisation des formations de l’enseignement supérieur, en Europe comme dans la mondialisation, où, selon l’OCDE, d’énormes batailles entre régions et institutions s’annoncent pour créer les futurs grands centres de formation mondiale.

Les MOOC sont encore en quête de leur modèle économique, comme toujours avec le numérique

Les productions du numérique sont des industries créatives, qui tendent à être chronophages au départ, comme toute création fondée sur des prototypes. Beaucoup des plateformes américaines sont soutenues par des fondations d’entreprises du net comme Google, Amazon ou Microsoft qui y voient un intérêt en matière d’intelligence artificielle et de big data. Le soutien de ces plateformes se manifeste aussi en Europe mais ne devrait pas empêcher des entreprises européennes de venir appuyer les dotations publiques.

La cotisation des institutions membres peut assurer un degré d’indépendance éditoriale et un contrôle qualité des contenus. Au-delà, il est possible de prévoir un financement avec des éléments à but lucratif, via les services aux entreprises (hébergement de MOOC, certifications), les offres freemium (tutorat, assistance à conception, scénarisation et médiatisation,…), les services d’orientation professionnelle, la certification de cours, la surveillance des examens, les partenariats avec les fournisseurs de manuels, etc. Des Diplômes Universitaires Numériques (DUN) peuvent également satisfaire la demande en formation initiale et continue (comme celui juste lancé par l’université Jean Moulin Lyon 3 ou celui en préfiguration à l’Université Sorbonne Nouvelle). La diversification des sources de financement pourrait rendre le modèle viable, à condition de fonctionner à une échelle européenne, avec un territoire comparable aux Etats-Unis, appuyé à la francophonie (Afrique et Asie) et à l’hispanophonie (Amérique Latine).

L’avenir passe donc par une plateforme européenne dans le pluralisme des langues et la qualité des enseignements : l’union fait la force … mais gare à l’éparpillement. Il faut mettre en place d’urgence une initiative européenne qui rapatrie sur un portail unique les cours et les étudiants qui ont migré sur les plateformes américaines ! Pour ce faire, la mise en cohérence entre les projets nationaux et les projets européens existants (ECO, HOME, EMMA) peut être bénéfique à tous.

Une telle initiative peut bénéficier de trois effets : 1/ effet de réseau : les MOOC s’améliorent d’autant plus qu’ils ont plus de participants, ce qui bénéficie au portail et à la plateforme qui les porte (big data, learning analytics…), 2/ effet de portail : les participants à un MOOC peuvent aller butiner sur d’autres MOOC proposés par le catalogue commun, surtout s’ils sont disponibles en plusieurs langues et en accessibilité sur un même portail  3/ effet de vitrine : la visibilité des MOOC fait connaître le reste des formations des établissements participants et agit comme produit d’appel à l’international.

L’Europe peut encore palier son manque de confiance en sa propre force de proposition. Elle peut se positionner de manière originale dans l’offre mondiale, notamment en gardant son modèle de service public qui a besoin de se réaffirmer comme le mode d’accès à l’éducation et l’apprentissage dans le numérique. Elle ne peut rester sur un modèle nostalgique de l’université qui génère de l’inégalité et bloque la transition numérique dans ce qu’elle a de positif. Il faut donc inscrire les MOOC dans une EdTech à l’européenne, dans un esprit de partage et de mutualisation, non de concurrence.

 NB: une version de ce post est parue le 12 février dans The Conversation.com.

 

 

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Education aux Médias et à l’Information (EMI) : un levier pour comprendre les enjeux politiques et économiques du numérique

8 décembre 2015

Le manque de déploiement à l’échelle nationale de l’EMI malgré ses enjeux historiques de citoyenneté et de stratégies pédagogiques innovantes est frappant, malgré l’esprit Charlie et les effets d’annonce des divers ministères (référents médias, réserve républicaine,…). Les chercheurs de l’ANR TRANSLIT ont relevé un certain nombre de faiblesses (www.translit.fr, rapport France 2014). Ces travaux visent à essayer de répondre aux attentats du 13 novembre faute d’avoir réagi avec urgence lors de ceux du 7 janvier 2015.

Palier des faiblesses historiques

  1. Le périmètre de cet enseignement (EMI+numérique) et les compétences requises sont flous dans la mesure où c’est un enseignement transversal, fait dans les disciplines (lettres, langues, histoire-géo, parfois maths et sciences éco) ;
  2. les ressources ne sont pas systématiquement évaluées alors que celles des disciplines sont validées par plusieurs filtres, dont certains institutionnels : les inspecteurs, les éditeurs de manuels ou ouvrages dédiés, les auteurs, les experts accrédités, etc. Cela affaiblit donc la preuve de l’efficacité et du succès de la démarche, ce qui en retour affaiblit les financements publics et associatifs ;
  3. les modalités d’acquisition sont difficiles à définir car l’EMI fonctionne par projet et pédagogie innovante, sans que le transfert des compétences acquises dans d’autres domaines de connaissances soit immédiatement visible et évaluable ;
  4. les disciplines convoquées pour intervenir, soit ne sont pas enseignées en tant que telles à l’université (éducation aux médias, informatique sociale), soit sont marginalisées (documentation), soit sont perçues comme secondaires dans la hiérarchie des disciplines et dans le socle de base des compétences, des connaissances et de culture (médias par rapport à lettres, langues et sciences, informatique par rapport aux mathématiques…) ;
  5. la responsabilité de ce type d’enseignement est restée diffuse, sur la base du volontariat souvent, avec une absence d’obligation de résultats car elle n’est pas obligatoire ou spécifique dans les disciplines. Il devient alors une variable d’ajustement en fonction des impératifs temporels et administratifs, de l’avancée dans le programme scolaire, de la bonne volonté des acteurs extérieurs (profs docs, journalistes, parents,…) ;
  6. les activités instrumentées de l’EMI ont une composante technique, en lien avec les technologies informatiques dans le cadre du numérique ; elles impliquent des collaborations entre différents types de personnes ressources qui ne sont pas toujours facilitées dans le cadre de la classe ou de l’établissement ;
  7. l’offre de formation dans les Ecoles Supérieures du Professorat et de l’Education (ESPE) ne s’est pas fait en miroir avec la logique du projet (et des classes inversées) dans les établissements scolaires, les enseignants continuant à être formés aux pédagogies transmissives et non pas actives, qui sous-tendent la maîtrise des cultures de l’information.

Une fois ce diagnostic posé, avancer dans la bonne direction implique la mobilisation de tous

Les mesures annoncées depuis « je suis charlie » sont restées bien trop timides et n’ont pas été mises en place. Elles ne répondent pas aux attentes des communautés de pratique sur le terrain et ne pallient pas les faiblesses historiques pointées par les chercheurs.

 Pour un véritable pilotage de l’EMI et des littératies numériques, il faut :

  • un acteur clairement identifié mais la Direction du Numérique pour l’Education (DNE) n’agit pas comme guichet unique et a du mal à donner sa place à l’EMI, ce qui se double de la fragilisation durable de l’opérateur historique qu’est le CLEMI ;
  • la continuité pédagogique de la maternelle au supérieur et la continuité éducative dans et hors l’école mais elle n’est pas mise en avant dans les nouveaux programmes ;
  • la continuité socio-technique entre médias traditionnels et médias numériques, (dont les réseaux sociaux), amplifiant le périmètre des supports, faisant prendre conscience de l’hétérogénéité du web, mais c’est plutôt l’opposition entre culture du livre et culture des écrans qui prédomine encore ;
  • la mise en place de formations dans les ESPE mais elle est chaotique, très peu dotée en heures et très inégalement répartie sur le territoire ;
  • la recherche sur les usages des jeunes, notamment sur les réseaux sociaux (soupçonnés de radicalisation) et sur les pédagogies innovantes et leur efficacité mais elle n’est pas financée ce qui laisse nos élus dégager des politiques publiques sans s’appuyer sur des travaux validés.

Pour accompagner durablement le changement et le passage à l’échelle

Quelques écueils à éviter :

  1. Ne pas stigmatiser les jeunes : les adultes ne sont pas mieux formés à la liberté d’expression, aux nouvelles compétences,… Le débat sur l’apprentissage du codage a bloqué celui sur le décodage et le décryptage des logiques d’influence et de pouvoir des technologies numériques, pas assez montré que les plateformes contraignent nos actions, influent sur les comportements et les valeurs (profilage, prescription des goûts —l’obligation de « liker » ou de tout dire— et prédiction des comportements), avec de grandes asymétries de pouvoir qui ne font pas agir les citoyens de tous âges car ils ne sont pas formés et informés.
  2. Ne pas tout mettre sur le dos de l’école : ces mesures ne doivent pas nous faire oublier les grandes avancées dont la France peut se féliciter dans le domaine, l’existence des professeurs documentalistes dans les établissements, des contributeurs externes comme TV5 Monde, CSA, CNIL et des associations comme enjeux e-medias,… C’est une grande richesse sur laquelle il faut capitaliser pour faire passer les enjeux de citoyenneté, de créativité et d’employabilité.
  3. Se focaliser sur une vision très peu comprise de la laïcité peut nous enfermer : il faut insister sur les manquements aux Droits de l’homme, sur l’absence de libertés et les nouvelles formes de fascismes et totalitarismes. L’EMI ne doit pas alors seulement relever de l’article 19 (liberté d’expression) mais toucher aussi les articles 1 (fraternité), 2 (dignité), 3 (droit à la vie), 12 (vie privée), 26 (éducation), et 27 (participation).

Restent des angles morts ou peu abordés :

  1.  Les conflits de normes et de compétences nationales/internationales qui impactent sur les usages et notamment les incohérences entre les GAFAM, leurs valeurs et leurs intérêts et celles de notre pays (vie privée, données, discours de haine et de racisme …) qui impactent tant l’intégrité de l’école que des médias ;
  2. Le débat citoyen sur la Gouvernance d’Internet, et notamment sur le destin des données qui sont un enjeu pour l’école et pour la recherche autant que pour les individus. Débattre de leur sécurité, de leur traçabilité, de leur portabilité et de leur propriété est un des grands enjeux que la recherche universitaire doit porter de ses travaux.

La question du sens dans l’éducation aux médias et à l’information en France ne peut se dissocier du sens des médias dans la société et de leur nécessaire mutation vers des pratiques plus transparentes, plus critiques, plus pluralistes, ce que le numérique peut faciliter. Recréer de la confiance entre les citoyens et leurs médias relève d’un défi nouveau pour les médias mais aussi pour l’EMI. Ce défi peut être porté par la France seule ou en relation avec tout le continent européen. C’est le sens de la création en octobre 2015 du chapitre Europe de GAPMIL (l’Alliance Globale des Partenaires en EMI).

NB : une version éditée de ce post est parue le 2 décembre dans theconversation.com: « Après les Attentats de Paris, l’importance de l’éducation aux médias et à l’information ».

Transparency 2.0: Ubiquitous Transparency as an Answer to Ubiquitous Surveillance? (part 2)

4 novembre 2013

Internet has enabled the possibility of ubiquitous networks, in which information processing has been integrated into everyday objects to enable seamless activities without users being aware of it (via smartphones, mobiles…). The current PRISM scandal has alerted public opinion about the extent and the abuses of such a ubiquitous surveillance that seems difficult to stem in spite of growing claims in favour of augmented privacy… unless a reciprocal principle of ubiquitous transparency is set up. Transparency reports are only the beginning of this process, and they have the merit of pointing at the risks to democracy if surveillance is allowed to go rampant.

The risks of transparency erosion

When transparency and accountability are lacking, the risks are numerous, at all levels of governance. The very technical foundations of the Internet may be affected or even undermined if governments develop their own security mechanisms to circumvent the existing ones.  Hacking strategies, scrambling systems, encryption, sensors and viruses of all kinds can impact the architecture of the net. They can also induce competing states to engage in a cyberwar that may be damaging for the transborder advantages of the current Internet as a critical resource for development. They can modify the broadband infrastructure layer that connects networks and routers and reduce the scope and security at the core of the Internet backbone, which can have deep implications for policy perspectives.

A larger risk lies in the impact of erosion on the global interoperability and openness of the Internet, two principles that have laid the foundations of digital value for the world community at large. Technically, interoperability requires attention to standards at the design level of a programme and can have significant impact on usability, with economic, political and social consequences; openness combines the technical layer and the legal and content layer of freedom of expression and right to information (against censorship and surveillance). They both are becoming pillars of governance and jeopardizing them may lead to Internet mayhem.

The risk of conflict of interest is also quite present, as always when industry gets involved in policy-making. The pure players lobbies are being quite active to frame and shape legal decisions worldwide, not just in the USA, as exemplified by the EU-US negotiations on data protection agreement and the generalized spying on political leaders and European economic groups revealed by PRISM. The political and social costs of transparency erosion can also lead to lack of public deliberation and have a chilling effect on expression; it can also have inhibiting effects on creativity and productivity (self-censorship).

The solutions towards ubiquitous transparency and accountability

Such risks point to a need to review confusing standards that have been interpreted inconsistently by the courts, creating uncertainty for service providers, law enforcement agencies and users at large. The new context of PRISM and general surveillance has had the positive effect of re-engaging national governments in regulation, of focusing policy-making on to accountability claims and of reframing some of the norms by which the netroots can influence policy effectively, with increased obligations for reporting. The problem needs to be addressed at several levels of intervention, that have started before PRISM but for which PRISM can be a meaningful catalyst: the right to information, the regulatory authority, the peer-to-peer leveraging of civil society and finally media and information literacy for the larger empowerment of the public.

1/ The Right to Information  (RTI)

In recent years, the Right to Information has been successfully construed as a complement to the right to freedom of expression. The purpose, amongst others, is to promote transparency and open information flows in certain sectors such as information related to scientific information, environmental matters, public budgets, extractive industries and the use of natural resources. Internet as a critical resource could be added to that list.

The RTI framework is characterized by a number of principles that could be used for transparency reports: maximum disclosure, obligation for public bodies to publish key information, limited scope of exceptions, processes to facilitate access to government-held information, open meetings, disclosure taking precedence over secrecy laws, protection for whistleblowers, together with low costs for information access, and the promotion of open government. Additional actors have come under the scope of RTI since the 1990s, such as companies that are owned or controlled by the state and private entities that perform a public function or are recipients of substantial government funding. This should be extended to include the pure players as well as the Telco’s and the ISPs (see Frau-Meigs, UNESCO “Exploring the Evolving Mediascape” report, 2013 available here).

2/Public-interest regulatory authority

There is a need for a mechanism or instrument that ensures that transparency reports are produced with clear criteria and with independence (far from the pressure of media, politics or economics). Going for a policy-making mechanism may mean to look at existing regulatory agencies because governments are not willing to create new institutions. It is important to identify national and intergovernmental monitoring bodies, at regional level to provide for cooperative, multi-stakeholder spaces.

Citizens need sense-making mechanisms for looking at the data or else the statistics will just be unused and will put in the shadow other important issues, such as terms of service (that can be problematic for the private sector). The reports from different actors/Stakeholders need to be created as a standard setting process. They have to be organised according to objectives and circumstances duly described by the law, as well as the suspected crimes by nature, by service (asking for interception), by operator (on the territory and also outside) and also by decision (suppression, acceptation, effect or not). All reports should be public (they are not in all countries, including the USA).  And citizens should have the right to complain, in public court or bureau, with violations reviewed in adversary proceedings.

3/ Peer-to-Peer leveraging

Fears about mass data surveillance have preoccupied civil society for a while, especially after media disclosures of such non-military spying programmes as ECHELON (1988) and STELLARWIND (2008). As a result of these early disclosures, P2P technology was developed to empower individuals to protect themselves. P2P enables the repurposing of innovations made for completely different reasons. End-users can create solutions to counter the threat, thus fully exerting their right of leverage. The computer community has released several strong cryptographic software tools such as Pretty Good Privacy (PGP), in response to government pressure. Making cryptography available online, especially via PGP that works on open standards, can redirect the control over privacy protection from the government to the end-users.

P2P leveraging can also be exerted offline, as creative solutions are also being set up by the netroots at the political and legal level of intervention. Civil society movements such as “Restore the Fourth” have emerged to denounce the onslaught on individual privacy, to restore due process about unreasonable searches and seizures and to hold public officials accountable if responsible for undue surveillance. Watchdog Organisations such as The Electronic Frontier Foundation have filed lawsuits against the NSA to end unconstitutional surveillance; others such as Transparency International, Human Rights Watch and Amnesty International have called attention to the case of windblowers and the need to protect them, as in the case of Snowden, bereft in Russia for lack of a proper solution.

4 /Media and Information Literacy (MIL)

The current civic apathy of the larger public can be turned into civic agency by early exposure to Media and Information Literacy. Education takes time and its results are not easily and quickly seen, which explains partly the slow move by governments to implement MIL programmes in schools. Yet education is the best filter and it provides for the possibility for self-protection against intrusion and disclosure. It also encourages young people to practice peer-transparency and to request for accountability from politicians and businesses alike.

With this repertoire of strategies, transparency could thus be less ideological and more pragmatically effected.  Yet Transparency 2.0 will remain a dystopian view if not sustained by accountability in Internet governance. Accountability needs to be construed as a normative notion, as an obligation to perform and report, so that citizens can see as much of their leaders as their leaders can see of them. Accountability would then be based on democratic consent and its underlying human rights values.


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