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Démythifier le mythe des « natifs vs immigrants » du numérique

12 avril 2016

I. Ca ressemble à un mythe

Le mythe du « natif du numérique » (digital  native) se fonde sur deux idées émises par Marc Prensky dans un article publié en deux volets en 2001 « Digital Natives Digital Immigrants ». Il se fonde sur une idée principale polarisante : les jeunes nés après 1980 sont des indigènes du numérique de par leurs usages et ils apprécient les contenus « du futur » (futur content) plutôt que ceux du « patrimoine » (legacy content). Leur style d’apprentissage et leur façon de traiter l’information sont radicalement différents de la génération des « immigrants du numérique » (digital immigrants). Celle-ci se trouve confrontée au défi d’un langage obsolète pour former une population de natifs à la fois aux contenus du patrimoine et du futur, … dans le langage des natifs.

 C’est un mythe des origines, tellurique, installé dans le vécu américain de la frontière (le futur, l’inconnu) et de l’immigration (laisser le patrimoine derrière soi). C’est aussi un mythe des fins, millénariste, apparu au tournant du nouveau siècle, alors que les Etats-Unis vivaient une série de crises qui allaient culminer avec 9/11 (crise politique avec la remise en cause des élections Bush/Gore, crise économique avec la peur du bug du millénaire et l’éclatement de la première bulle numérique…). C’est aussi une période clé car elle marque la naissance de l’internet politique suite aux attaques terroristes, après l’émergence de l’internet commercial en 1996 avec le passage de la loi des Télécommunications. C’est un mythe par ses proportions inter-générationnelles de querelle des anciens et des modernes (natives et immigrants sont utilisés au pluriel) : les modernes natifs sont sophistiqués et appuyés par une technologie puissante tandis que les anciens immigrants sont mal préparés et dépassés. Le tout fait crise, avec un substrat où la peur collective touche à des valeurs profondes de la société, conditionnant son évolution, voire sa survie.

 La cristallisation du mythe vient du sentiment d’une modernisation très rapide, donnant naissance à ce qu’Ulrich Beck appelle « une société du risque », qui se préoccupe non plus de la sécurité des individus par rapport aux seules forces de la nature mais par rapport aux forces du développement technologique. Selon lui, le risque est devenu partie intégrante de notre subjectivité et sa gestion et sa prévention sont considérés comme une nécessité politique, économique et sociale. Il en résulte ce que Zygmunt Bauman qualifie de « peur liquide », un sentiment d’insécurité qui émane du processus d’individualisation par la technologie. Celui-ci  met de plus en plus la responsabilité des choix sur les individus alors même que les structures se complexifient, les oppressent  et leurs échappent.

II. Mais en fait c’est une panique médiatique

Mais à y regarder de plus près, avec des arguments étayés par des recherches empiriques et à la lueur de la nature des débats qui s’en sont suivi, le mythe relève plutôt de la panique médiatique, définie comme une peur extrême suscitant l’engagement des individus avec les médias et relayant un sentiment de perte des repères et des valeurs sociales et une inquiétude pour l’intégrité morale et psychique des personnes impliquées. Elle met en évidence un risque médiatique : celui du dépassement de l’éducation par les médias, surtout le nouveau média Internet. Elle suggère une profonde incertitude sur la réponse adéquate à lui donner : réformer le système éducatif ou pas.

 Une panique médiatique est en effet révélatrice de problèmes publics en mutation autour de la socialisation des jeunes,  notamment dans l’engagement avec une culture en émergence, celle préfigurée par le numérique en émergence dans les années 2 000. Elle se caractérise par quatre étapes, les  « 4 D » : Déclenchement, Débat autour d’un Dilemme éthique, Dénouement et Déplacement (voir Divina Frau-Meigs, « La panique médiatique entre déviance et problème social : vers une modélisation socio-cognitive du risque »  Questions de communication 17 (2010). Dans le cas de la panique médiatique des « Digital Natives Digital Immigrants » les quatre phases sont présentes :

1/ Déclenchement : l’événement déclencheur, qui attire l’attention du public, est l’article d’un enseignant (immigrant) qui entérine le ressenti d’une génération d’éducateurs confrontés au phénomène de l’Internet dans sa poussée commerciale à la fois dans les foyers et à l’école, suscitant des usages inédits auprès d’une population de jeunes (natifs) en rupture. Une inquiétude collective, mêlée d’indignation, émerge, qui se cherche une définition et une explication des causes, ce qui passe par la désignation de deux camps opposés et adversaires.

2/ Débat public autour d’un Dilemme éthique : la proposition de Prensky qui fait débat et dilemme est celle d’abandonner les formes traditionnelles d’enseignement de contenus patrimoniaux pour adopter des formes nouvelles pour des contenus du futur. Elle entraîne une série de polémiques sur le bien-fondé d’une telle option, avec des discussions sur  la Prohibition ou la Permission d’autorisation du média  incriminé (Internet) dans les classes. Se met en place une logique de positions radicalisées, alimentée par les médias traditionnels tout comme les milieux de la recherche. L’opinion publique se mobilise, notamment les parents et les enseignants, avec toutes sortes d’arguments émotionnels et intellectuels qui s’éloignent et dépassent la thèse même de Prensky. Les tonalités éthiques et morales apparaissent dans la polarisation entre la « bonne » et la « mauvaise » pédagogie. Pour les uns, l’argument d’adapter l’enseignement à ce qui convient aux natifs vient à l’encontre de toute pédagogie et contrevient à la nature même de l’apprentissage (qui doit proposer de nouveaux défis aux jeunes plutôt que de céder à la facilité). Pour d’autres, la terminologie est uni-dimensionnelle, réductrice et simpliste, donc peu utile pour gérer l’ampleur du phénomène dans sa complexité. Pour d’autres, en faveur de la réforme du système scolaire, Prensky met le doigt sur les lourdeurs de l’enseignement classique, son ignorance des besoins socio-économiques contemporains et sa nécessaire adaptation aux implications technologiques. L’inquiétude collective prend la forme de l’excès et de la disproportion, créant du trouble dans l’opinion publique et de la dissonance cognitive.

3/ Dénouement : la résolution est temporairement négociée, avec une série de réformes et lois qui permettent l’intégration plus ou moins contrôlée de l’Internet à l’école.  Toutes sortes de compétences et de parcours sont créés, de la maternelle à l’université. Le président Obama soutient le programme STEM, qui offre un socle commun de connaissances et de compétences intégrées et non plus séparées entre Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques, pour répondre aux besoins économiques et industriels du XXIe siècle. STEM est porté par la National Science Foundation et fait même partie des critères d’éligibilité à l’immigration aux Etats-Unis. STEM fait tache d’huile et est adopté dans nombre de pays,  fidèle en cela à la gestion du risque des sociétés en voie d’internationalisation par le réseau des réseaux. L’inquiétude collective se calme, non sans sursauts, non sans allusions à des épisodes antérieurs, non sans intimation que d’autres peuvent surgir à l’avenir. La réévaluation du statut de l’internet s’opère, avec la permission de continuer à fonctionner, sous conditions, notamment à l’égard des jeunes.

4/ Déplacement : la panique une fois passée, il n’y a pas de retour au statu quo d’origine.  Les valeurs comparées du pré-numérique et du numérique font désormais partie du débat public, dans et hors l’école.  L’évaluation des fonctions et missions de l’école et de l’internet se fait de manière conjointe et les deux sphères ne peuvent plus s’ignorer. La ré-évaluation des forces d’autorité et de légitimité est enclenchée, avec validation ou invalidation des normes et des pratiques des uns et des autres. La panique comme peur liquide s’étend à d’autres pays qui mettent en place des programmes comme Internet responsable…

III. La panique, plus que le mythe, a joué son rôle structurant du débat public

Notamment dans la phase de Déplacement, l’héritage de la panique tourne à une polémique continue entre différentes communautés. Elle a fait prendre conscience d’une question sociale en profonde mutation, qui modifie les liens familiaux, le statut des jeunes, les missions de l’école, le rôle des nouvelles technologies dans l’apprentissage.  Les implications culturelles et idéologiques du nouveau média Internet s’installent dans la longue durée. Même si un retour à la routine du « business as usual » s’installe, l’atmosphère a changé : certaines contraintes subsistent à l’école (accès, connexion wifi…), de nouvelles niches sont créées (programmes pour enfants, jeux ludo-éducatifs, MOOCs…).

 La panique médiatique « natifs vs immigrants  du numérique » pointe vers une renégociation du pacte culturel, avec la mise  en place de ce qui ressemble à un principe de précaution médiatique. Selon les pays, au socle commun STEM ou assimilé se voit corrigé par des logiques  de contrôle parental et scolaire, par l’éducation aux médias et à l’information, par le socle commun des compétences, connaissances et de culture et surtout par des programmes du type « internet responsable ». Ils visent à sensibiliser les jeunes considérés comme « naïfs » plutôt que « natifs » aux usages raisonnés et critiques des nouveaux médias.  Le risque médiatique est considéré comme suffisamment dommageable à la construction de l’identité et la promotion de la culture pour mener à des politiques publiques. Et ce, d’autant que la recherche a démontré, entre temps, que les apprentissages ne sont pas aussi simples que le mythe l’a donné à croire (voir les travaux de danah boyd, d’Elisabeth Schneider, de l’ANR TRANSLIT… et de Marc Prensky lui-même qui plaide désormais pour la « sagesse » numérique).

Elle est utile car elle met en évidence des déplacements dans les structures de pouvoir, les institutions qui les incarnent et les discours qu’elles véhiculent.  Elle fait saillir  les lignes de tension entre diverses cultures de contrôle en concurrence, avec les inégalités face aux situations à risque qui s’ensuivent. Elle souligne les risques spécifiques à l’évolution de l’environnement médiatique, dans le néo-libéralisme : les incursions de plus en plus ciblées dans les premiers âges de la jeunesse, la banalisation ou la valorisation de la transgression des valeurs, le brouillage systématique des repères éthiques, le détournement de l’attention des jeunes au profit des médias comme seul dispositif de socialisation (au détriment de la famille et de l’école) et enfin la pénétration multimédia des contenus et comportements à risque malgré les pratiques d’auto-régulation.

 Elle opère un travail de deuil sur le passé tout en œuvrant pour la révision du présent, permettant de débattre du sentiment de perte de repères culturels post-modernes tout en insistant sur la nécessité de refonder l’expérience, y inclus pour y inscrire plus de justice sociale par des demandes de réforme. Elle entérine l’émergence d’un nouveau média et demande la révision des scripts établis pour parvenir à un nouvel équilibre.

NB: une version de ce post est parue le 10 avril dans The Conversation.com.

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Les bombes à retardement de G.W. Bush : les pièges du déjà-vu

9 septembre 2013

Les atermoiements actuels des politiciens et de l’opinion publique concernant la Syrie révèlent certaines des bombes à retardement posées par le précédent président américain, GW Bush, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde, encore sous le choc de l’intervention américaine en Iraq. Avant de quitter le pouvoir, il a pris soin de laisser au Congrès un grand nombre de personnes ayant voté pour la guerre en Iraq, qui sont toujours là et  font obstruction au président Barack Obama alors qu’elles l’avaient soutenu. Ses poids-lourds  néo-cons de l’époque, —John Bolton, Dick Cheney, Karl Rove et Donald Rumsfeld pour ne mentionner que les plus vociférants—, occupent toujours les ondes pour dénoncer le manque d’autorité du président, le recours maladroit au Congrès pour légitimer son action, le choix de la diplomatie par contraste au réel imaginaire créé par son prédécesseur.

Quant aux autres, pourquoi s’opposent-ils ? Parce que le processus a un air de déjà-vu, et rappelle une situation-piège à laquelle ils se sont laissés prendre une première fois, en se jurant que cela ne se reproduirait plus : preuves incertaines d’emploi d’armes chimiques, intérêts peu explicites de l’intervention militaire, présence supposée d’Al-Qaïda, … Et G.W. Bush dans tout cela ? Le principal intéressé refuse de s’exprimer et s’en lave les mains : dans sa baignoire, il peint ses orteils.

Les médias, quant à eux, se mouillent, tout en se faisant piéger par cet air de déjà-vu qui est, à proprement parler, un effet (audio)visuel : il se fonde sur la familiarité que les gens ont avec les images vues des centaines de fois, ce qui leur donne un script dans leur mémoire sur lequel ils peuvent appuyer leur re-connaissance d’une situation et la stratégie à adopter. Cognitivement, le sentiment de déjà-vu apparaît lorsque deux conditions au moins sont réunies :  les gens sont incapables d’identifier la source de leur familiarité et ne reconnaissent pas la similarité des expériences. Certes la Syrie n’est pas l’Iraq, mais la teneur des images, la nature des intervenants et le statut des discours ramène de manière plus ou moins subreptice à l’héritage historique de l’après 11 septembre 2001. Les points de comparaison sont imprécis, les circonstances en apparence différentes mais la familiarité des images et les parallélismes de situation sont assez présents pour créer de la  dissonance dans l’esprit du public tout comme des journalistes et rappeler  la situation première.

Barak Obama est victime du script miné déposé par G.W. Bush : lui qui a fondé sa réputation de jeune politicien sur ses critiques de la guerre en Iraq se voit contraint de plaider pour une intervention sous forme de frappes ciblées (au risque qu’elles ne soient pas décisives). Lui qui avait fustigé Bush pour le manque de constitutionnalité de son entrée en guerre se voit contrait de demander la permission à un Congrès très polarisé qui est loin de lui être acquis.  François Hollande essaie d’inverser le script miné en soutenant les Etats-Unis parce que la France a perdu sa fierté dans l’épisode précédent et s’est retrouvée dans le camp opposé. Les autres participants, Vladimir Putin en tête, ont tous des comptes à régler avec leur rôle dans l’histoire lors de l’événement antérieur…

Les médias s’attribuent le beau rôle à travers leur dénonciation d’une situation très difficile pour les populations civiles (et qui bafoue les droits humains) mais leur incapacité à rallier l’opinion publique est la preuve qu’ils ne savent pas donner les bonnes clés de compréhension au monde, qu’ils ne s’efforcent pas de relier l’événement actuel au déjà-vu onuesque/ubuesque et de creuser les différences de situation, pour changer le script miné de Bush, qui est un véritable trompe-l’œil : les équivalences sont trompeuses entre images dont les sources et les motivations sont diverses. Elles deviennent des armes de manipulation et de surenchère, surtout lorsque l’on prend en compte leur origine de production et les intentions de ceux qui les diffusent, ce qui est rarement fait. Ces équivalences aplatissent les réelles différences entre régimes qui créent les violences et les tortures.

C’est là où les médias ont un rôle fondamental à jouer: c’est à eux de déconstruire la réversibilité de leurs propres images et des points de vue associés, c’est à eux de cesser le brouillage des repères politiques, sociaux et moraux mis en place par une dramatisation contre-productive de l’émotion. C’est à eux de montrer que les images ne sont pas interchangeables. La médiation journalistique se légitime là, dans le supplément de sens.

Batman : quand la violence des super héros crève l’écran

23 juillet 2012

Le 20 juillet, lors de la nocturne spéciale du dernier Batman de la trilogie de Christopher Nolan, The Dark Knight Rises, James Eagan Holmes est entré dans une salle de cinéma, habillé en armure de super héros mais avec un masque à gaz. Il a envoyé des vapeurs fumigènes dans le hall et a commencé à tirer sur les spectateurs, tuant 12 personnes et en blessant 58.  La scène se place à Aurora, près de Denver dans le Colorado, à une vingtaine de kilomètres de Columbine, où eut lieu la tragédie du 20 avril 1999, quand deux adolescents avaient causé 13 morts et 26 blessés avant de se donner la mort.

Holmes a été arrêté vivant. Brillant étudiant en neuro-sciences, intéressé par les désordres neurologiques, son acte est difficile à expliquer, si ce n’est qu’il prétend être le Joker, l’ennemi de Batman. Le film montre toute une série d’attaques brutales où le super héros se comporte comme tout vilain qui se respecte, créant toutes sortes de désordres publics, avec notamment une scène de fusillade dans un stade de football américain plein à craquer.  Les armes du tueur étaient toutes achetées légalement, (fusil d’assaut Smith et Wesson, fusil de chasse Remington, deux gros Glock calibre 40, achetés dans des magasins avoisinants, et toutes sortes de balles et munitions acquises via internet).

L’histoire se répète dans cette combinaison spécifiquement américaine où la violence à l’écran peut être portée à la ville du fait de l’accès facile et peu contrôlé à toutes sortes d’armements. Dans d’autres cultures, potentiellement tout aussi violentes et exposées au même type de film, le passage à l’acte est réduit et la fiction peut rester de la fiction… Si le film n’a pas directement causé le massacre, la présence d’images violentes, endémique des représentations américaines, est une invitation à ce type de comportement de par sa banalisation et parfois, sa glorification. Ce genre de massacre de masse, généralement très planifié, n’est  jamais connecté à des comédies romantiques et il est donc difficile d’ignorer le contenu et les valeurs colportées par ce genre de représentation très manichéen et apocalyptique. Le massacre en dit tout autant sur la violence de la culture américaine que sur celle de sa fiction, qui a inventé des super-héros d’une brutalité inouïe. A la ville comme à l’écran, la cohérence culturelle se recycle et se conforte.

Les médias américains prennent bien soin de ne pas soulever ce genre de questions car elles sont complexes et appellent une réponse où les relations de cause à effet doivent être développées, avec les conséquences à assumer en bout d’analyse. Leur rôle est  à double tranchant. Alors que la fiction a produit l’opportunité, l’actualité s’en saisit :  les journaux se félicitent de la couverture de l’événement,  la présentant comme de l’ordre du « journalisme citoyen».  Il est apparu live grâce à une vidéo amateur sur portable relayée par une station de télévision de Denver, KDVR, non sans que le jeune vidéaste, Shantyl Toledo, ne l’ait postée sur YouTube (http://bit.ly/SM8nuB). La mauvaise qualité de la prise de vue ne compte pas, face à l’immédiateté de l’acte. Difficile de savoir qui va l’emporter en célébrité, le tueur qui est désormais en vidéo ou le jeune amateur journaliste qui l’a filmé… les deux sans doute, pour quinze minutes d’attention mondialisée.

L’écran-navette est ici à l’œuvre. Le récit de surface sur l’écran audiovisuel est relayé, discuté, commenté sur l’écran réticulaire des réseaux, en profondeur. Le relais des journaux et de la télévision est pris par les blogs et les tweets, qui commentent tout à la minute près.   Il aide à effectuer le travail de deuil, d’accompagnement émotionnel… Dès le lendemain, tous les supports sont revenus sur chacune des 12 victimes, notamment la plus jeune (6 ans) et sa mère inconsolable ou encore ce jeune militaire qui a péri en se plaçant entre les balles et sa jeune fiancée et son frère.   Des scènes de rue, avec des autels improvisés où le drapeau américain côtoie des fleurs, des croix, des peluches… sont aussi commentées et disséquées, associant cet acte à la mémoire d’autres fusillades antérieures.

Mais cette énième fusillade n’aura sans doute pas d’impact sur le Deuxième amendement qui accorde le droit au port d’armes, surtout pas en cette période électorale. Mitt Romney (Mormon de confession) s’est contenté de parler de compassion et d’amour, car « there is so much goodness at the heart of America » (Romney, le samedi 21, à Bow, NH). Elle ne générera sans doute pas de réflexion sur l’éthique de la presse non plus… Warner Bros tout comme Sony, Disney et Universal ont décidé de ne pas annoncer d’emblée les entrées du week-end, par respect pour les victimes. Mais le massacre n’a pas empêché les fans d’aller au cinéma et le film sera sans doute un des plus beaux succès au box office de l’année. Le problème avec des cas matriciels comme Columbine ou Aurora, c’est qu’ils jouent exactement le rôle qu’ils sont censés jouer : ils suscitent l’émotion sur le moment mais l’émoussent en même temps ; ils banalisent ce type d’action violente et empêchent la réflexion à long terme sur ses causes et ses conséquences.

Penser la société de l’écran

4 avril 2011

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Le Jeu de la mort et Le temps de cerveau disponible (2e partie)

4 mai 2010


l’autorité des médias en cognition — réduction de l’incertitude et tatouage cérébral

Là où Le Temps de cerveau disponible ne transforme pas l’essai du Jeu de la mort, c’est dans l’analyse de la téléréalité de manière plus générale, l’explication par les pulsions étant trop rudimentaire et obsolète au vu des avancées en neuro-sciences. Il est regrettable que l’équipe scientifique de Zone Xtrême n’ait pas été invitée à pousser plus loin l’interprétation cognitive de la téléréalité et son lien avec la publicité. Là où le premier volet était convaincant et terrifiant, le deuxième volet est défaillant et frustrant. L’explication psychanalytique habituelle par les pulsions fait fi de l’inconscient cognitif et paraît par trop réductrice : la téléréalité nous attirerait parce qu’elle met en scène nos pulsions de vie et de mort et fait appel à l’abject en nous. L’image du spectateur qui en ressort se fonde sur une vision très pessimiste de la nature humaine.

(suite…)


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