Posted tagged ‘obama’

Les bombes à retardement de G.W. Bush : les pièges du déjà-vu

9 septembre 2013

Les atermoiements actuels des politiciens et de l’opinion publique concernant la Syrie révèlent certaines des bombes à retardement posées par le précédent président américain, GW Bush, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde, encore sous le choc de l’intervention américaine en Iraq. Avant de quitter le pouvoir, il a pris soin de laisser au Congrès un grand nombre de personnes ayant voté pour la guerre en Iraq, qui sont toujours là et  font obstruction au président Barack Obama alors qu’elles l’avaient soutenu. Ses poids-lourds  néo-cons de l’époque, —John Bolton, Dick Cheney, Karl Rove et Donald Rumsfeld pour ne mentionner que les plus vociférants—, occupent toujours les ondes pour dénoncer le manque d’autorité du président, le recours maladroit au Congrès pour légitimer son action, le choix de la diplomatie par contraste au réel imaginaire créé par son prédécesseur.

Quant aux autres, pourquoi s’opposent-ils ? Parce que le processus a un air de déjà-vu, et rappelle une situation-piège à laquelle ils se sont laissés prendre une première fois, en se jurant que cela ne se reproduirait plus : preuves incertaines d’emploi d’armes chimiques, intérêts peu explicites de l’intervention militaire, présence supposée d’Al-Qaïda, … Et G.W. Bush dans tout cela ? Le principal intéressé refuse de s’exprimer et s’en lave les mains : dans sa baignoire, il peint ses orteils.

Les médias, quant à eux, se mouillent, tout en se faisant piéger par cet air de déjà-vu qui est, à proprement parler, un effet (audio)visuel : il se fonde sur la familiarité que les gens ont avec les images vues des centaines de fois, ce qui leur donne un script dans leur mémoire sur lequel ils peuvent appuyer leur re-connaissance d’une situation et la stratégie à adopter. Cognitivement, le sentiment de déjà-vu apparaît lorsque deux conditions au moins sont réunies :  les gens sont incapables d’identifier la source de leur familiarité et ne reconnaissent pas la similarité des expériences. Certes la Syrie n’est pas l’Iraq, mais la teneur des images, la nature des intervenants et le statut des discours ramène de manière plus ou moins subreptice à l’héritage historique de l’après 11 septembre 2001. Les points de comparaison sont imprécis, les circonstances en apparence différentes mais la familiarité des images et les parallélismes de situation sont assez présents pour créer de la  dissonance dans l’esprit du public tout comme des journalistes et rappeler  la situation première.

Barak Obama est victime du script miné déposé par G.W. Bush : lui qui a fondé sa réputation de jeune politicien sur ses critiques de la guerre en Iraq se voit contraint de plaider pour une intervention sous forme de frappes ciblées (au risque qu’elles ne soient pas décisives). Lui qui avait fustigé Bush pour le manque de constitutionnalité de son entrée en guerre se voit contrait de demander la permission à un Congrès très polarisé qui est loin de lui être acquis.  François Hollande essaie d’inverser le script miné en soutenant les Etats-Unis parce que la France a perdu sa fierté dans l’épisode précédent et s’est retrouvée dans le camp opposé. Les autres participants, Vladimir Putin en tête, ont tous des comptes à régler avec leur rôle dans l’histoire lors de l’événement antérieur…

Les médias s’attribuent le beau rôle à travers leur dénonciation d’une situation très difficile pour les populations civiles (et qui bafoue les droits humains) mais leur incapacité à rallier l’opinion publique est la preuve qu’ils ne savent pas donner les bonnes clés de compréhension au monde, qu’ils ne s’efforcent pas de relier l’événement actuel au déjà-vu onuesque/ubuesque et de creuser les différences de situation, pour changer le script miné de Bush, qui est un véritable trompe-l’œil : les équivalences sont trompeuses entre images dont les sources et les motivations sont diverses. Elles deviennent des armes de manipulation et de surenchère, surtout lorsque l’on prend en compte leur origine de production et les intentions de ceux qui les diffusent, ce qui est rarement fait. Ces équivalences aplatissent les réelles différences entre régimes qui créent les violences et les tortures.

C’est là où les médias ont un rôle fondamental à jouer: c’est à eux de déconstruire la réversibilité de leurs propres images et des points de vue associés, c’est à eux de cesser le brouillage des repères politiques, sociaux et moraux mis en place par une dramatisation contre-productive de l’émotion. C’est à eux de montrer que les images ne sont pas interchangeables. La médiation journalistique se légitime là, dans le supplément de sens.

La mort invue d’Oussama Ben Laden : à excès d’images pour 9/01, excès d’absence d’images pour 5/11

5 mai 2011

Dix ans plus tard, les Américains ont tiré la leçon donnée par Al Qaida. L’organisation terroriste avait tablé sur la présence d’une couverture live mondiale pour ses attentats contre les tours du World Trade Center et elle avait réussi. L’armée américaine table sur l’absence totale d’images pour la capture du symbole du terrorisme et elle a réussi.  Sans images, l’opinion publique est laissée quelque peu balbutiante et les commentateurs médiatiques aussi. Sans images, les partisans ne peuvent vraiment faire de leur leader un héros ou un martyr, même si l’Islam clame qu’il n’a pas besoin de représentations.  En n’en faisant pas un événement médiatique, les Américains préemptent tout rituel et cérémonial et rendent difficile à ses fidèles le travail de deuil et de mémorialisation. En ne résolvant pas le conflit dans la violence sacrificielle de la foi (la dite cérémonie d’enterrement en pleine mer n’a pas été montrée non plus), ils les privent de réconfort et de résolution.  En miroir symétrique à ce qui est arrivé aux familles des victimes… « œil pour œil », serait-on tenté de dire dans cette étrange loi du Talion

(suite…)

La récupération de l’image d’Obama dans la publicité

26 mai 2009

(voir culture pub, semaine du 8 mai 2009)

 

Barack Obama est en train de devenir une « icone » de la publicité. L’icone est utilisée en publicité au sens cognitif, pour sa force de persuasion. L’icone est la catégorie du signe médiatique qui a le rapport le plus direct à la réalité (tandis que l’indice et le symbole s’en éloignent progressivement et de plus en plus arbitrairement). Les valeurs figurées par Obama sont sensées se transférer immédiatement à la marque. Celle-ci bénéficie ainsi d’un certain nombre de connaissances et d’émotions perçues par le public, qui en évalue les propriétés, pour en  anticiper les bénéfices à l’usage. Obama en tant que figure incarne d’une part la nouveauté (le premier président noir) et de l’autre la réussite de l’outsider par rapport au tenant du titre (Hillary Clinton d’abord, Dick Cheney ensuite). C’est le sens de l’utilisation de son sosie dans plusieurs campagnes (aux Etats-Unis comme en France). Le slogan d’Obama vaut pour logo : « Yes we can » envoie un message euphorique et optimiste de pouvoir et de jubilation (en réponse-écho au mythique « I have a dream » de Martin Luther King).  Il est en phase avec le concept de prise d’autonomie (empowerment) très prisé à la fois dans les situations politiques (pour faire en sorte de gagner le vote des indécis, nombreux aux Etats-Unis) et dans des situations de consumérisme (pour dégager des comportements individualisés).

(suite…)


%d blogueurs aiment cette page :