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Education aux Médias et à l’Information: des enjeux politiques à inscrire dans la durée

28 novembre 2015

Les attentats du 13 novembre ont plongé la France une fois de plus dans l’horreur de la violence aveugle. La réaction saine et solidaire de l’esprit Charlie du 11 janvier n’a pas immunisé le pays (plus de quatre millions de personne dans la rue !). Elle ne s’est pas reproduite, laissant la place à la sidération et à l’état d’urgence. Les survivants, la France entière, sont en état de choc, l’esprit pétrifié en quête de sens. La barbarie s’est reproduite alors qu’on pensait l’avoir exorcisée ; elle est là pour rester durablement…

L’heure du bilan arrive cependant, qu’il est impossible de retarder car il s’agit de se demander ce que nous avons fait collectivement, entre le 11 janvier et le 13 novembre. Qu’avons-nous fait concernant la liberté d’expression, la laïcité, les valeurs de la République et le rôle de l’école dans l’intégration ? Qu’avons-nous fait pour comprendre les pré-conditions qui ont entraîné des jeunes sur le territoire de la barbarie et d’autres sur ceux du doute et de la contestation larvée ? Qu’avons-nous fait pour y remédier ?

Ce sont des questions vitales pour affronter le savoir-devenir de nos jeunes. Elles peuvent sembler moins urgentes que la sécurité mais elles sont essentielles pour notre vivre ensemble. Elles passent par une reconsidération lucide des enjeux de l’école au XXIe siècle et par une réflexion sérieuse de la place que nous accordons à nos jeunes, qu’ils soient radicalisés ou pas. Elles ne peuvent faire l’impasse sur le rôle des médias et du numérique dans nos vies et les leurs.

Lors des attentats, les réseaux sociaux ont été des lieux de solidarité encore plus que de radicalisation, avec des initiatives comme #PortesOuvertes, #DonDeSang ou #jesuisenterrasse. Les enseignants ont pu trouver une mine de renseignements et d’idées pour la classe en allant sur #educattentats ou #MOOC DIYEMI alors que des instances plus institutionnelles, comme le CLEMI ont réagi plus faiblement, avec moins d’inventivité et d’empathie avec les besoins en proximité. C’est que les actions commencées en ligne ont désormais un impact considérable sur le hors ligne et que nos institutions à la lourdeur administrative et sectorielle héritées du pré-numérique peinent à s’adapter à la rapidité, la réactivité et la souplesse des émergences numériques. Elles ont du mal à répondre aux besoins et envies d’engagement des individus connectés qui participent au renouveau d’une culture citoyenne qui a montré le potentiel de résistance de la population française. Les terroristes vont avoir du mal à le contrôler tout comme les politiques vont avoir du mal à faire semblant d’ignorer qu’une telle cyber-activité implique des changements dans l’exercice du pouvoir et un renouvellement des relations sociales et économiques.

Les réseaux sociaux peuvent rimer avec citoyenneté et esprit critique. Les valeurs de la République peuvent s’exprimer de manière concrète, pas abstraite et velléitaire comme dans tant d’effets d’annonce depuis « je suis charlie ». Ces médias forment des espaces où s’élaborent les nouvelles formes de citoyenneté et de créativité à l’ère numérique. Mais ils sont en jachère et peu expliqués aux jeunes de cette manière. Ce qu’ils savent c’est que c’est leur lieu d’expression et de participation et que les adultes et l’école sont encore dans le déni de la révolution en cours. Leur réponse, quand elle existe, révèle la tentation d’une littératie numérique uniquement instrumentée par l’économie, coupée des enjeux de citoyenneté, sans inscription dans la réalité des cultures de l’information liées aux éco-systèmes médiatiques augmentés par le numérique.

Cette littératie numérique privilégie à outrance un web automatisé, au service de modèles économiques non maitrisés qui impactent nos valeurs (vie privée, surveillance, …) tout autant que nos structures sociales et ne laissent pas la place à la délibération ou au déploiement de l’esprit critique. Il en résulte que la démocratie participative fondée sur le numérique échappe à la compréhension et à l’action des adultes, politiques y compris. La société civile est quasiment absente des débats sur la gouvernance d’internet alors qu’elle est concernée au premier chef : que sait-elle des principes d’ouverture, d’inter-opérabilité, de neutralité ou de portabilité des datas ? Ce sont pourtant eux qui vont régir les réseaux sociaux mais aussi l’école et les emplois de demain.

Au fur et à mesure que la convergence numérique devient ambiante, que les plateformes et réseaux médiatiques sont naturalisés, indispensables comme l’air par leur ubiquité et leur mobilité, les jeunes ont besoin d’un ensemble de compétences convergentes pour maîtriser les cultures de l’information, passant par le contrôle des données, la vérification des sources, la démarche critique à l’égard des contraintes des opérateurs et des plateformes, le décryptage des messages de manipulation et de propagande comme de divertissement et de consommation. Dans ce contexte, l’EMI est plus que jamais nécessaire, avec la citoyenneté, la critique et la créativité au coeur des compétences qu’elle promeut. Sans compter l’énorme potentiel de résolution de conflit qu’elle détient comme une promesse au moment où nous devons tous nous mobiliser pour la planète. Elle constitue les nouvelles compétences du XXI siècle, qu’il est temps de mettre en place sans plus tarder, autour des nouvelles sciences de l’internet et des réseaux. Le cadre de référence pré-numérique est obsolète et doit faire place à un nouveau cadre prenant en compte pleinement cette nouvelle réalité, au risque que l’école soit déplacée, marginalisée par des instances de socialisation qui se créent en ligne, loin de chez nous. Ce nouveau cadre est aussi une des conditions de l’inclusion et de l’emploi des jeunes dans les années à venir.

Contrairement aux injonctions qui ont suivi les événements, venant de décideurs et de politiciens bien intentionnés, la citoyenneté ne se décrète pas, et le changement de l’école doit être accompagné. L’innovation pédagogique par le numérique est un puissant support, mais sans médiation pédagogique il est voué à l’échec (comme des années d’introduction du cinéma et de l’informatique dans les classes l’ont révélé). L’Education aux Médias et à l’Information porte des perspectives de changement parce qu’elle ne se dissocie pas d’un projet pédagogique, d’un scénario maîtrisé par l’enseignant, en dialogue avec l’élève pour lui faire découvrir des connaissances nouvelles. Sans la contribution de l’enseignant et sans sa liberté d’expression pédagogique, peu de chances de succès.

Surtout l’école doit sortir de son bunker renforcé par vigipirate : le lien avec ce qui se passe hors la classe, avec d’autres acteurs et partenaires pédagogiques (dont les médias, dont les développeurs de jeux, de plateformes, etc.) peut s’avérer fructueux et susciter de l’engagement et du plaisir chez les élèves. La richesse de l’apprentissage qui s’ensuit peut remobiliser des jeunes de tous les milieux, qui n’ont plus le sentiment que l’école les prépare aux enjeux et aux emplois du 21e siècle.

La question du sens dans l’EMI en France ne peut se dissocier du sens des médias dans la société et de leur nécessaire mutation vers des pratiques plus transparentes, plus critiques, plus pluralistes, ce que le numérique peut faciliter. Recréer de la confiance entre les citoyens et leurs médias relève d’un défi nouveau pour les médias mais aussi pour l’école. L’EMI est une opportunité, un levier, pour faire muter l’école et les médias vers la transition numérique qui est essentiellement médiatique (communication, information, donnée, interactivité,…) en gardant les valeurs au cœur de la préoccupation républicaine.

Radicalisation et comment la combattre : le rôle crucial de l’EMI pour la Résolution de Conflit

21 novembre 2015

Dans une perspective de cognition sociale, l’Education aux Médias et à l’Information (EMI) se présente comme un moyen de dépasser le débat entre protection et participation, par la préparation. Elle peut aussi s’aligner sur le processus de socialisation tout au long des 4 âges de la jeunesse afin de préparer l’adulte. Elle offre une solution pour ré-intégrer la culture populaire et la culture jeune dans le circuit de l’école et dans le discours inter-générationnel entre adultes et enfants. Elle peut produire une compréhension intelligente de l’usage de l’autorité tout en palliant la crise actuelle de l’institution liée à l’ennui scolaire et au manque d’insertion sociale et professionnelle des jeunes. L’éducation aux médias et à l’information peut en outre jouer un double rôle concernant la connaissance de l’éthique des médias : d’abord, en rendant les jeunes conscients de leurs propres droits et responsabilités dans ce domaine, ensuite, en offrant aux adultes les compétences nécessaires pour pouvoir entrer dans une négociation informée avec les autres acteurs de la communication et de l’information à l’ère numérique.

 Les divers modèles de compétences qui circulent en Europe et dans d’autres régions du monde semblent se recouper autour de trois d’entre elles principalement : Compréhension, Critique, Créativité. Ce sont les « 3 C » des compétences de base de l’éducation aux médias   au cœur du système scolaire. Quand les activités scolaires non-formelles sont prises en considération, quatre capacités supplémentaires s’ajoutent pour aller vers la maîtrise de la participation : Consommation, Communication Inter-Culturelle, Citoyenneté et Conflit (Résolution de). Leur somme peut être rassemblée dans les « 7 C », dont la force principale tient à ce qu’elles ne peuvent se réduire à des savoir-faire fonctionnels uniquement.

  • Compréhension réfère à la capacité d’invoquer les matrices, scripts et schèmes pour contrôler les récits engageants et les situations à risque
  • Critique renvoie à la capacité d’évaluer la fiabilité des contenus et comportements proposés par les actes-en-société que sont les spectacles médiatiques
  • Créativité évoque la capacité à prendre en main les outils pour mieux comprendre les rôles sociaux et résoudre les problèmes liés aux attentes culturelles en termes de valeurs et de comportements
  • Consommation consiste en la capacité à s’approprier les récits engageants comme des événements nécessitant attention et motivation, notamment pour décrypter les manipulations du marché et de la publicité mais aussi pour produire des biens relationnels, hors marché
  • Citoyenneté relève de la capacité à tester des modèles dynamiques du monde et, ce faisant, à renforcer ainsi un certain nombre de tendances éthiques et civiques
  • Communication inter-culturelle insiste sur la capacité à replacer le récit engageant et ses dilemmes éthiques dans une culture en réseau et une intelligence distribuée
  • Conflit fait allusion à la double capacité à résoudre les conflits cognitifs créés par les récits médiatiques, notamment autour de contenus et comportements à risque (par la culture, l’identité…), et à réviser ses valeurs en utilisant le pluralisme des médias pendant les situations de conflit (émeute, guerre, génocide, …).

 Ces 7 « C » réintroduisent de la valeur dans l’éducation tout comme dans les médias, ainsi que des valeurs, pour beaucoup d’entre elles héritées des Droits de l’homme. Elles peuvent servir de cadrage pour former les jeunes à la démocratie et modifier leur comportement à l’égard des médias et des autres, en les sensibilisant au respect, à la tolérance mutuelle, à la responsabilité, à la dignité, à l’intérêt général. Elles recèlent le potentiel de tourner l’apathie citoyenne actuelle en activisme citoyen, à mesure que les jeunes deviennent des producteurs et des créateurs de contenus sur les réseaux numériques. Elles permettent de s’inscrire en faux dans la société du risque à l’ère numérique, en posant de nouveaux repères de justice sociale qui se démarquent des valeurs autoritaires, patriarcales et stratifiées qui dominent dans certains régimes actuels en Europe comme ailleurs.

Cette approche par compétences s’est complexifiée récemment par l’évolution des réseaux sociaux. Le numérique induit des accélérations de comportements et de changements, qui déplacent certaines fonctions de l’éducation tout comme des médias, comme la transmission, et en font émerger d’autres comme la participation. De fait, toute une série de capacités nouvelles s’offrent aux jeunes, qui s’activent par un répertoire de stratégies en-ligne (ou e-stratégies), comme le suggère Henry Jenkins. Associant communication et information, ces e-stratégies combinent le potentiel du cerveau humain et celui de l’intelligence artificielle utilisée en informatique, comme en témoigne leur version anglaise, souvent passée telle quelle dans la langue française :

  • Jeu (game): aide à la résolution de problèmes
  • Simulation (simulation): permet de tester des modèles dynamiques de processus applicables au monde réel
  • Agrégation de contenus (content-aggregation) : encourage l’expression d’identités alternatives pour l’auto-assemblage et l’auto-guidage
  • Echantillonnage (sampling) : expérimente avec le remixage des produits médiatiques pour une meilleure compréhension
  • Multi-modalisations (multitasking) : aide à l’interaction entre divers médias et diverses options au sein d’un même support
  • Mise en commun de ressources (pooling): contribue à l’intelligence distribuée par agrégats de savoirs finalisés
  • Navigation transmédias (transmedia navigation): favorise le contrôle sur l’information qui est accessible dans le domaine public et la création de nouveaux contenus
  • Réseautage (networking) : facilite la recherche et la distribution de l’information
  • Coordination pair-à-pair (peer to peer coordination) : peut produire de la négociation entre diverses communautés en ligne et hors ligne pour trouver des procédés alternatifs et générer des solutions innovantes.

Quand de telles compétences et e-stratégies sont insufflées dans l’EMI, elles produisent des apprenants qui sont des constructeurs actifs de leurs connaissances (des spectateurs, des critiques, des générateurs de contenus, etc). De tels apprenants sont capables ensuite de mettre en question l’agenda et les motivations des formats, plateformes, services et spectacles médiatiques auxquels ils sont exposés, afin de construire une compréhension profonde de leur fonctionnement et de leurs effets. Ce processus peut à son tour créer des individus autonomes qui ont la capacité de traiter l’information et de résoudre les problèmes associés aux médias, et de participer à l’ingénierie de la connaissance, en assumant leur e-présence et ses retombées hors-ligne.

Ainsi comprise, l’EMI peut faciliter l’analyse des modes de sociabilité des jeunes, l’évaluation des divers lieux de socialisation qui leurs sont proposés et aussi le questionnement sur les pratiques institutionnelles (politiques, éducatives, sociales, économiques,…). Elle permet de prendre en compte les intelligences multiples mises en avant par ceux qui militent pour un renouvellement de la pédagogie pour tenir compte des options offertes par l’environnement médiatique. Elle peut incorporer aussi les sous-composantes que sont l’éducation à l’image, à l’information, voire à la computation (si l’on ne souhaite pas réduire l’informatique à de la simple programmation). Elle peut même mener, du fait de la convergence numérique et de la convergence des pratiques, aux vraies compétences du 21e siècle, quand lire, écrire, computer et naviguer se pratiquent quel que soit le mode d’entrée et de sortie des données, quel que soit le média choisi.

Radicalisation et réseaux sociaux : en parler sans censurer

16 novembre 2015

Les événements du 7 janvier 2015 ont mis au cœur des réseaux sociaux numériques la notion de radicalisation et ceux du 13 novembre 2015 y font écho: les « jeunes » qui ont commis les attentats se seraient radicalisés en ligne et auraient utilisé les réseaux sociaux pour se former et se coordonner dans leurs actions. Le sujet est délicat car il est porteur de risques de censure ou de diminution des libertés en ligne. Il est délicat aussi car peu de recherches existent encore sur le sujet. Il est donc important d’éviter les amalgames et de confondre l’offre de propagande extrémiste avec les médias qui la véhiculent. Il est ainsi urgent de réfléchir à toutes les formes de la violence et à toutes les formes de la propagande, par le biais de l’Education aux Médias et à l’Information (EMI). Elle seule prépare vraiment à une maîtrise des risques et des opportunités en ligne, à l’heure où les réseaux sociaux se posent entre continent bleu (celui de la communication sociale et amicale) et continent noir (celui de la propagande et de la surveillance).

Définitions

Pour éviter les confusions et les amalgames, il faut bien clarifier les définitions, même si elles ne sont pas stables :

  • La radicalisation peut se définir comme l’adoption de gestes et croyances extrêmes qui remettent en cause les pouvoirs en place et refusent le compromis (politique, religieux,…).
  • Elle se rapproche de l’extrémisme, qui est le reflet d’une doctrine dont les adeptes rejettent toute forme de pluralisme et adoptent des méthodes ayant pour but un changement radical. Elle est associée au terrorisme car elle prône souvent l’adoption de la violence armée comme moyen légitime d’action.
  • Les deux sont à distinguer du radicalisme qui relève de la poursuite de changements politiques par le biais de l’action politique, pour modifier le statu quo et susciter des   alternatives.

Conditions de la radicalisation 

La radicalisation vise à effacer chez les adeptes toutes les valeurs précédemment acquises. Elle induit une rupture avec les modalités antérieures de comportements, de jugements et de valeurs. Elle tend à isoler les sujets de leurs liens et lieux de sociabilité (individuelle, familiale et collective). Elle peut entraîner une rupture avec la rationalité et une marginalisation avec la société dont les signes avant-coureurs sont l’éloignement de l’environnement familial, éducatif, amical… Ces conditions génèrent une capacité à accepter l’action violente et à chercher des moyens d’information, de communication et de formation dans les médias et en particulier les sites spécialisés et les réseaux sociaux souvent sécurisés dont l’effet est d’autant plus grand que leur accès est protégé. L’engagement dans une communication active avec d’autres extrémistes via les réseaux sociaux augmente le facteur de risque car il y a un plus gros effet de l’information extrémiste (propagande) lorsqu’elle est délibérément recherchée par les jeunes. Mais il ne faut pas oublier que ces jeunes en rupture de ban tendent surtout à être radicalisés dans les prisons et dans certaines mosquées, voire des lieux non connectés, du fait des capacités de surveillance massive sur les réseaux dont les extrémistes se méfient.

Rôle des médias, notamment des réseaux sociaux

Les médias, dans leurs valeurs démocratiques de pluralisme, de liberté d’expression et de diversité des supports et des points de vue, sont utilisés à la fois par les mouvements extrémistes et ceux qui les combattent. Les réseaux sociaux présentent toutefois des caractéristiques qui en font un potentiel d’appui à la radicalisation:

  1. interactivité et ubiquité : ils facilitent un usage actif et ils sont accessibles partout
  2. nteraction et lien entre vraie vie et cyberespace : ils permettent des prises de contact avec des personnes dans la vie réelle
  3. contenus en changement permanent : ils sont dynamiques, proches de l’actualité et non-linéaires (pas d’autorité d’en haut)
  4. contenus générés par les acteurs et les jeunes : ils donnent le sentiment d’une participation efficace et d’une écoute réactive
  5. viralité et sérendipité : ils permettent de diffuser le même message par recommandation à beaucoup d’autres personnes, qui peuvent du coup tomber dessus fortuitement.

Du coup, tous les discours, donc des discours radicalisés aussi, sont accessibles à tous moments. Ils permettent aux individus en recherche active d’informations radicales et d’échanges d’idées de trouver une offre construite à leur mesure :   réponses à la fois simples et rapides à des questions de société douloureuses et/ou complexes (chômage, violence, non-droit), sentiment de trahison ou d’abandon des pouvoirs publics, impression de proposition de politique active contre l’injustice, identification de lieu d’accueil et d’appartenance. Cette offre est en cohérence avec les besoins cognitifs et affectifs des adolescents (sens aigu de l’injustice, besoin d’inclusion sociale, reconnaissance). Ainsi, est-il possible de considérer que les réseaux sociaux, s’ils ne sont pas un point de départ de la radicalisation, peuvent en être des facilitateurs et des amplificateurs. Par ailleurs, l’attrait du mystère, le goût aiguisé pour une forme de secret et son dévoilement ou encore le frisson de la transgression informationnelle sont d’autres ancrages à ne pas sous-estimer (Certains extrêmistes communiquent par le biais de jeux et de plateformes de jeux).

Lien avec le complotisme

Les discours extrémistes construits en ligne et hors ligne, tendent à conforter le sentiment d’injustice et de trahison, en se fondant sur l’idée que les médias, en collusion avec les autorités politiques, ne disent pas toute la vérité. Le complotisme, associé aux théories du complot, est en lien avec la propagande et sa diffusion dans les médias (contre-vérités ou rumeurs difficilement détectables). Il pose des indices qui mettent en doute la représentation des médias grand public et les font soupçonner de complicité avec des intérêts obscurs et nocifs.

Le complotisme est augmenté par le numérique : celui-ci rend la transformation de tout document possible en ligne, avec de grandes capacités à cacher les signes permettant de détecter les faux, les manipulations sonores ou visuelles, les indices temporels, etc. De nombreux sites, blogs, vidéos présentent des événements connus et les démontent en proposant des interprétations différentes, qui viennent justifier les extrémismes.

Le complotisme touche donc aux limites légales de la liberté d’expression : le négationnisme, le racisme, l’antisémitisme et le discours de haine en général ainsi que l’incitation au terrorisme. Il affecte les valeurs de la République et pose un véritable défi à l’esprit critique et démocratique.

La démarche EMI

Pour en parler dans et hors la classe, l’EMI crée un environnement dédié et protégé où la parole des élèves doit se construire dans un rapport et un sentiment de confiance. Pour les élèves, il s’agit d’acquérir des compétences pour développer l’esprit critique, vérifier les informations et analyser les divers supports numériques ainsi que leurs capacités et finalités (blog personnel, vidéo youtube, site de journal…). Il s’agit aussi de les inciter à exercer leur liberté d’expression et à respecter celle des autres (écoute, argumentation contradictoire, modification des points de vue, correction des erreurs et révision des stéréotypes, …). Pour les enseignants, il s’agit de préparer le terrain en amont pour qu’un débat fructueux puisse s’organiser (rechercher des termes impliqués, consulter les résultats de la recherche,   travailler avec les documentalistes, sélectionner des exemples dans les médias et les remettre en contexte).

Quelques ressources


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